Une réécriture d'après Dante Alighieri · 1305
De l'éloquence en langue vulgaire
“Le traité latin inachevé de Dante, De vulgari eloquentia : d'où vient le langage humain, pourquoi il s'est divisé en de nombreuses langues à Babel, en quoi les dialectes d'Italie diffèrent — et comment un poète italien pourrait trouver, parmi eux tous, une seule langue noble, digne de la plus haute poésie.”
Dante écrivit ce traité en latin — la langue des savants — pour défendre la dignité de la langue que tout le monde parlait réellement, la langue « vulgaire », c'est-à-dire commune. Il fut écrit dans les premières années de son exil, à peu près à la même époque que le Banquet*. Il avait prévu quatre livres ; il n'acheva que le premier et interrompit le second au milieu d'une phrase. C'est le premier ouvrage de linguistique dans la tradition des langues européennes modernes, et la première étude sérieuse des dialectes italiens. Ses deux livres sont donnés ici en un seul épisode, condensés, en gardant la première personne de Dante ; le texte a été traduit directement du latin pour la version anglaise, et le texte français est traduit de cette version anglaise.*
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Livre premier : la recherche de la langue vulgaire illustre
Puisque je ne trouve personne avant moi qui ait traité en aucune façon de la doctrine de l'éloquence en langue vulgaire, et puisque nous voyons qu'une telle éloquence est nécessaire à tous — car non seulement les hommes, mais même les femmes et les petits enfants s'y efforcent, autant que la nature le permet —, j'essaierai, avec l'aide du Verbe qui vient d'en haut, d'être de quelque utilité au parler du peuple. Je ne puiserai pas l'eau à mon seul esprit, mais, prenant et mêlant de meilleures choses, j'en verserai le plus doux hydromel.
Par « langue vulgaire », j'entends le parler que les enfants apprennent de ceux qui les entourent quand ils commencent à distinguer les sons — la langue que nous acquérons sans aucune règle, en imitant nos nourrices. Nous avons aussi un autre parler, secondaire, que les Romains appelaient grammaire : une langue gouvernée par des règles, que peu de gens apprennent, et seulement par une longue étude — le latin, le grec, et quelques autres. De ces deux, la plus noble est la langue vulgaire : parce qu'elle fut la première en usage dans le genre humain ; parce que le monde entier s'en sert, bien qu'elle soit divisée en mots et en prononciations différents ; et parce qu'elle nous est naturelle, tandis que l'autre est artificielle.
L'homme seul parmi toutes les créatures a reçu la parole, parce que lui seul en a besoin. Les anges n'en ont pas besoin, car ils peuvent se montrer directement leurs pensées les uns aux autres, par leur pure intelligence, ou les voir dans le miroir divin ; les bêtes n'en ont pas besoin, car celles d'une même espèce ont les mêmes actions et les mêmes passions, et se connaissent par elles. Mais l'homme est mû non par l'instinct mais par la raison, et la raison diffère en chaque individu ; aussi, pour exprimer aux autres les pensées de son esprit, il lui fallait un signe à la fois rationnel et sensible : rationnel, pour porter le sens d'une raison à une autre ; sensible, parce que rien ne peut passer d'un esprit à un autre sinon par les sens. Ce signe est la parole : le son, qui est sensible, et le sens, qui est rationnel, par convention.
Qui parla le premier ? L'Écriture dit que la première à parler fut la femme, Ève, répondant au serpent. Mais il est plus raisonnable de penser que ce fut un homme, Adam ; et qu'il parla d'abord non à Ève, ni aux animaux, mais à Dieu. Et son premier mot, je pense, fut le nom de Dieu : El, peut-être comme une question, peut-être comme une réponse — « car il n'est pas raisonnable que l'homme ait dit quoi que ce soit avant Dieu ».
Dieu créa, avec la première âme, une certaine forme de langage — un ensemble fixe de mots, de constructions et de prononciations — dont toute langue de ceux qui parlent se serait servie, si elle n'avait été dispersée par la faute de la présomption humaine. C'est dans cette forme de langage que parla Adam, et tous ses descendants, jusqu'à la construction de la tour de Babel. Alors la confusion des langues s'abattit sur les hommes.
Car l'homme, incorrigible, persuadé par le géant Nemrod, présuma de surpasser la nature, et même son Créateur, en bâtissant une tour pour atteindre le ciel. Presque tout le genre humain fut rassemblé pour l'ouvrage : les uns donnaient des ordres, les autres dessinaient les plans, d'autres élevaient les murs, d'autres mesuraient, d'autres crépissaient, d'autres taillaient les pierres, d'autres les transportaient par terre et d'autres par mer ; et ils furent tous frappés du ciel d'une telle confusion que, là où ils avaient tous parlé une seule langue, ils devinrent étrangers les uns aux autres par une multitude de langues, et ne purent plus travailler ensemble. À chaque groupe occupé à une tâche particulière fut donnée une seule langue : une aux architectes, une autre aux porteurs de pierres, une autre aux tailleurs de pierres, et ainsi de suite. Et plus l'ouvrage était habile, plus était grossière et barbare la langue qu'ils parlaient désormais. Seuls les Hébreux, qui n'avaient pas pris part à l'ouvrage, gardèrent la langue originelle, afin que notre Rédempteur, qui devait naître d'eux, usât de la langue non de la confusion mais de la grâce.
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