Une réécriture d'après Platon · 375 av. J.-C.
La République
Épisode 2 sur 10
Épisode 2 : L'Anneau de Gygès (livre II)
Sur ces mots, je pensais en avoir fini avec la discussion ; mais ce n'en était que le prélude. Car Glaucon, toujours le plus courageux en toutes choses, ne voulut pas accepter la retraite de Thrasymaque.
« Socrate, veux-tu paraître nous avoir persuadés, ou nous persuader vraiment qu'il vaut mieux de toutes les façons être juste qu'injuste ? Alors je vais reprendre l'argument de Thrasymaque, non parce que j'y crois, mais parce que je veux entendre défendre la justice pour elle-même, et que je ne l'ai encore jamais entendu faire. »
Il exposa sa thèse en trois parties. D'abord, ce que les gens disent qu'est la justice et d'où elle vient. Commettre l'injustice est par nature un bien, et la subir un mal ; mais le mal de la subir est plus grand que le bien de la commettre. Ceux qui ne sont pas assez forts pour commettre l'injustice sans la subir concluent donc entre eux un pacte de ne ni la commettre ni la subir. Telle est l'origine de la loi et de la justice : un compromis entre le meilleur, qui est de faire le mal impunément, et le pire, qui est de subir le mal sans pouvoir se venger.
Ensuite, personne n'est juste volontairement. Imagine, dit-il, l'anneau de Gygès, l'ancêtre des rois de Lydie. Gygès était berger. Après un orage et un tremblement de terre, un gouffre s'ouvrit dans le sol à l'endroit où il faisait paître son troupeau, et il y descendit et trouva, parmi d'autres merveilles, un cheval de bronze creux, et à l'intérieur le cadavre d'un homme plus grand que nature, qui portait un anneau d'or. Il prit l'anneau et remonta. Plus tard, assis parmi les autres bergers, il lui arriva de tourner le chaton de l'anneau vers l'intérieur de sa main, et il devint invisible ; en le retournant, il redevint visible. Dès qu'il l'eut compris, il s'arrangea pour être envoyé en messager auprès du roi ; il séduisit la reine, complota avec elle contre le roi, le tua et s'empara du royaume.
Donne maintenant un tel anneau à un homme juste, et un autre à un homme injuste. Personne, dit Glaucon, ne serait assez inflexible pour ne pas toucher à ce qui n'est pas à lui, quand il pourrait prendre sans crainte ce qu'il veut au marché, entrer dans les maisons et coucher avec qui il veut, tuer ou délivrer de prison qui il veut, et agir parmi les hommes comme un dieu. L'homme juste ferait exactement ce que fait l'injuste. Et si quelqu'un, avec un tel pouvoir, refusait de mal faire, les gens le tiendraient pour le plus misérable des sots, tout en le louant en face les uns des autres, par crainte de subir l'injustice.
Enfin, imagine les deux vies à leurs extrêmes. Donne à l'homme injuste l'injustice parfaite, avec une réputation parfaite de justice : il commet les plus grands torts et il est honoré comme le plus juste des hommes. Donne à l'homme juste la justice parfaite, avec la réputation de la plus grande injustice. Un tel juste sera fouetté, torturé, enchaîné, il aura les yeux brûlés, et à la fin, après avoir souffert tous les maux, il sera empalé. Alors il apprendra qu'on ne doit pas vouloir être juste, mais le paraître. Lequel des deux est le plus heureux ?
Puis son frère Adimante ajouta que même ceux qui louent la justice la louent mal : les pères disent à leurs fils d'être justes pour la réputation et les récompenses qu'elle apporte, en ce monde et dans l'autre. Personne ne loue la justice pour ce qu'elle fait à l'âme de celui qui la possède. « Voilà ce que nous attendons de toi, Socrate : montre-nous ce que chacune d'elles, la justice et l'injustice, fait par sa propre nature à celui qui la possède, que les dieux et les hommes le voient ou non. »
J'étais ravi des deux frères, et en même temps embarrassé. Mais je proposai une façon d'avancer. Supposons, dis-je, que des gens à la vue faible doivent lire de loin de petites lettres, et que l'un d'eux remarque que les mêmes lettres sont écrites ailleurs, plus grandes et sur une plus grande surface. Ils seraient heureux de lire d'abord les grandes. La justice existe dans un seul homme, et aussi dans une cité entière ; et une cité est plus grande. Cherchons donc d'abord la justice dans une cité, puis cherchons sa ressemblance dans l'individu. Et si nous regardons une cité naître dans notre discussion, peut-être verrons-nous naître aussi la justice et l'injustice.
Une cité naît, dis-je, parce qu'aucun de nous ne se suffit à lui-même ; nous avons besoin de beaucoup de choses. Le premier besoin est la nourriture, le second le logement, le troisième le vêtement. Il y aura donc un laboureur, un maçon, un tisserand, un cordonnier. Et il vaut mieux que chacun fasse une seule chose qui convienne à sa nature plutôt que chacun fasse tout. Nous ajoutons donc des charpentiers, des forgerons, des bergers, des marchands, des marins, des détaillants, des manœuvres. Et ces gens vivront simplement : ils mangeront du pain et des galettes d'orge, avec du sel, des olives et du fromage, des figues et des pois chiches au dessert, ils boiront du vin avec modération, chanteront des hymnes aux dieux, et vivront en paix et en bonne santé jusqu'à un âge avancé.
« Si tu fondais une cité de porcs, Socrate, dit Glaucon, de quoi d'autre les nourrirais-tu ? » Il voulait des lits de table et des tables, des assaisonnements et des douceurs, les commodités de la civilisation.
Fort bien, dis-je. Regardons une cité fiévreuse, une cité de luxe. Il lui faudra des peintres, des brodeurs, de l'or et de l'ivoire, des poètes, des acteurs, des danseurs, des esthéticiennes, des cuisiniers, des porcs (dont nous n'avions pas besoin auparavant), et beaucoup plus de médecins. Le territoire qui suffisait ne suffira plus ; il nous faudra une part de la terre de nos voisins, et eux de la nôtre. Et ainsi nous avons découvert l'origine de la guerre. Et pour la guerre, il nous faut une armée, toute une classe de gardiens.
Quelle sorte de nature doit avoir un gardien ? Comme un chien de race, il doit être doux envers les siens et féroce envers les ennemis. Un chien est doux envers ceux qu'il connaît et féroce envers les inconnus, même s'ils ne lui ont fait aucun mal ; il juge par le connaître et le ne-pas-connaître. En ce sens, le chien aime apprendre : c'est un philosophe. Nos gardiens doivent donc être par nature ardents, rapides, forts et philosophes.
Et comment les éduquerons-nous ? Par la musique pour l'âme et la gymnastique pour le corps. Et l'éducation commence par les récits. Nous devons donc surveiller les conteurs. Les récits d'Homère et d'Hésiode sur les dieux sont souvent faux et mauvais : comment Ouranos fut castré par son fils Cronos, comment Cronos dévora ses enfants, comment les dieux font la guerre aux dieux et trompent les hommes. On ne doit pas les raconter aux jeunes, même si certains sont des allégories, car les jeunes ne savent pas distinguer ce qui est allégorie de ce qui ne l'est pas, et ce qu'ils reçoivent à cet âge devient ineffaçable.
Deux principes doivent régir tous les récits sur les dieux. D'abord, Dieu est bon, et il n'est cause que des bonnes choses, non des mauvaises. Ensuite, Dieu est simple et vrai ; il ne change pas de forme, et il ne trompe les hommes ni en parole ni en acte.
(Fin de l'épisode 2 — suite dans l'épisode 3 : L'Éducation des gardiens)