Une réécriture d'après Platon · 375 av. J.-C.

La République

Épisode 8 sur 10

Épisode 8 : Le Déclin des cités (livre VIII)

Maintenant, dis-je, revenons au point où nous nous sommes écartés, aux quatre mauvaises constitutions et aux quatre sortes d'hommes qui leur correspondent. Car c'est seulement quand nous aurons vu l'homme le plus injuste, et que nous l'aurons comparé au plus juste, que nous pourrons décider si l'homme juste est le plus heureux et l'injuste le plus malheureux.

Il y en a quatre, outre la nôtre, que nous appelons aristocratie, le gouvernement des meilleurs. D'abord la constitution tant vantée de la Crète et de Sparte, que j'appelle timocratie, le gouvernement de l'honneur. Ensuite l'oligarchie, pleine de maux. Troisièmement la démocratie, qui en découle. Et quatrièmement et enfin, la noble tyrannie, qui surpasse toutes les autres, la quatrième et dernière maladie d'une cité.

Comment notre cité décline-t-elle ? Toute constitution change à cause d'une dissension au sein de sa classe dirigeante. Même une cité si bien fondée ne durera pas toujours, car tout ce qui naît doit périr. Il y a des temps de fécondité et de stérilité, réglés par un certain nombre, très compliqué, que nos gouvernants, si sages soient-ils, calculeront mal un jour, de sorte que des enfants naîtront au mauvais moment, et d'une nature inférieure. Quand ils deviendront gardiens, ils négligeront la musique puis la gymnastique, et ils n'éprouveront plus l'or, l'argent, le bronze et le fer dans l'âme des citoyens, et le fer se mêlera à l'argent et le bronze à l'or, et de ce mélange naîtront l'inégalité et la discorde.

Alors les gardiens se partageront les terres et les maisons et asserviront leurs concitoyens, qu'ils protégeaient auparavant. C'est la timocratie. Ses gouvernants seront ardents et belliqueux, amoureux de l'honneur et de la victoire, et aussi, en secret, amoureux de l'argent, qu'ils amasseront dans leurs maisons, dépensant l'argent des autres et épargnant le leur. L'homme timocratique est le fils d'un bon père qui vit dans une cité mal gouvernée et se tient à l'écart de la politique. Sa mère se plaint que son mari ne soit pas parmi les gouvernants, qu'il soit paresseux et sans ambition ; les serviteurs disent la même chose ; et le fils, tiraillé entre son père, qui arrose la partie raisonnable de son âme, et les autres, qui nourrissent ses parties désirante et ardente, s'arrête au milieu, et devient orgueilleux et ambitieux.

Puis l'oligarchie. Le coffre plein d'or détruit la timocratie. Ils commencent à rivaliser pour gagner de l'argent, et plus ils estiment la richesse, moins ils estiment la vertu. Enfin ils font une loi selon laquelle seuls ceux qui possèdent un certain bien peuvent prendre part au gouvernement. Et ainsi la cité devient deux cités, celle des riches et celle des pauvres, qui vivent au même endroit et complotent toujours l'une contre l'autre. Imagine qu'on choisisse le capitaine d'un navire d'après sa fortune, et qu'on refuse un pauvre, fût-il meilleur navigateur ! La cité oligarchique se remplit de frelons : les uns sans aiguillon, qui deviennent mendiants, les autres avec aiguillon, qui deviennent criminels. L'homme oligarchique est le fils d'un timocrate qui voit son père ruiné par la politique ; effrayé, il installe sur le trône la partie de son âme qui aime l'argent, et fait de la raison et de l'ardeur ses esclaves, comme un roi à la couronne d'or. Il est économe et travailleur, ne satisfaisant que ses désirs nécessaires, et réprimant les autres par la force, non par la raison.

Puis la démocratie. Les gouvernants de l'oligarchie, qui doivent leur pouvoir à leur richesse, n'empêchent pas les jeunes de dépenser, puisqu'ils veulent racheter leurs biens et leur prêter de l'argent à intérêt. Ils remplissent donc la cité d'hommes ruinés, armés d'aiguillons, qui haïssent ceux qui possèdent leurs biens. Et un jour, les pauvres, maigres et hâlés, se tiennent à la bataille près d'un riche qui a passé sa vie à l'ombre et porte une charge de chair, et ils le voient haletant et impuissant, et se disent les uns aux autres : « Ces gens-là sont à nous, il n'y a qu'à les prendre ; ils ne sont rien. » Alors les pauvres l'emportent, tuent certains de leurs adversaires, en exilent d'autres, et donnent au reste une part égale au gouvernement, le plus souvent par tirage au sort.

La démocratie, dis-je, est la plus belle des constitutions, comme un manteau brodé de toutes sortes de fleurs. Chacun est libre ; la cité est pleine de liberté et de franc-parler, et chacun peut faire ce qui lui plaît. Il n'y a aucune obligation de gouverner, même si l'on en est capable, ni d'être gouverné, si on ne le veut pas ; nul besoin d'aller à la guerre quand les autres sont en guerre, ni de rester en paix quand les autres le sont. Des hommes condamnés à mort ou à l'exil se promènent au milieu de la foule comme si personne ne les remarquait. Elle ne se soucie pas de ce qu'un homme a fait avant d'entrer en politique, pourvu qu'il se dise ami du peuple. C'est une constitution charmante, anarchique et bigarrée, qui distribue une sorte d'égalité aux égaux comme aux inégaux.

L'homme démocratique est le fils d'un oligarque, élevé dans l'économie, qui goûte le miel des frelons et se trouve entraîné parmi des créatures ardentes et habiles qui lui offrent toutes sortes de plaisirs. Ses désirs non nécessaires s'emparent de la citadelle de son âme. Alors il appelle l'insolence bonne éducation, l'anarchie liberté, la prodigalité magnificence, l'impudence courage. Il vit au jour le jour, cédant au désir qui se présente : tantôt il boit en écoutant la flûte, tantôt il ne boit que de l'eau et suit un régime ; tantôt il s'exerce, tantôt il paresse ; parfois il touche à la philosophie, souvent à la politique, se levant d'un bond pour dire tout ce qui lui passe par la tête. Il n'y a ni ordre ni nécessité dans sa vie, et il l'appelle agréable, libre et bienheureuse.

Et enfin la tyrannie. Le désir insatiable de ce que la démocratie définit comme le bien, la liberté, la détruit. La liberté se répand en toutes choses : les pères craignent leurs fils, les maîtres craignent leurs élèves, les vieux imitent les jeunes, les esclaves sont aussi libres que leurs propriétaires, et même les chevaux et les ânes marchent dans les rues avec tous les droits et toute la dignité des hommes libres, bousculant quiconque ne s'écarte pas de leur chemin. L'excès de liberté se change en excès de servitude.

Le peuple se met toujours un champion à lui à sa tête, le nourrit et le rend grand. Et c'est là la racine de la tyrannie. Le champion du peuple, ayant la foule entièrement à ses ordres, ne s'abstient pas de verser le sang des siens. Il porte de fausses accusations, traîne des hommes devant les tribunaux et les tue, goûte de sa langue impie le sang de ses concitoyens, bannit et tue, et laisse entrevoir l'abolition des dettes et le partage des terres. Comme l'homme de l'histoire du sanctuaire de Zeus Lycéen en Arcadie, qui goûta un morceau d'entrailles humaines mêlé au sacrifice et fut changé en loup, lui aussi devient un loup, un tyran. Il demande une garde du corps, pour protéger l'ami du peuple. D'abord il sourit et salue tout le monde, promet beaucoup, libère le peuple de ses dettes. Puis il suscite des guerres, pour que le peuple ait besoin d'un chef. Il se débarrasse de tous ceux qui sont courageux, magnanimes, sages ou riches, purgeant la cité, comme un médecin à rebours, ôtant les meilleurs et laissant les pires. Et le peuple, cherchant à échapper à la fumée de la servitude envers des hommes libres, tombe dans le feu de la servitude envers des esclaves.

(Fin de l'épisode 8 — suite dans l'épisode 9 : Le Tyran)